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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 10:25

LES AVENTURES DU MARABOUT DE SERVICE... (Suite 2 et FIN)

 

Un silence de recueillement annuel par devant les monuments funéraires fut la suite psychologique et sentimentale naturelle d’un tel désastre. Nous regardions avec effroi par delà le mur des fédérés de la patinette glacée, n’osant croire qu’un tel artiste ait pu ainsi disparaître en pleine gloire. Saint Gervais dut entendre nos suppliques, car nous vîmes émerger, tout à tour et à se suivre, un poing surmontant un avant-bras vengeur, dont l’orientation ne pouvait laisser de doute quant la destination du message gestuel. Notre Phoënix, de bien descendre, n’avait su que bien renaître.

 

Malgré la menace qui saurait, sans nul doute, ébranler la tranquillité de nos jours à venir, durant lesquels il nous serait plus prudent de naviguer très au large des membrures du sémaphore écroulé, pour l’heure en voie de restauration, nous nous étions avancés vers le lieu du crash de l’albatros des glaces. La remise en ordre de l’échafaudage démantibulé se faisait difficilement, et le regard tout en profondeur qu’il nous lança fut lourd de sombres présages, dans un avenir très proche, pour chacun de nous quatre.

 

Pour l’heure, l’étoile des neiges s’éloignait sans gloire vers le fond de cette cour maudite. L’appui psychologique et plus serein de la pénombre feutrée d’un arrière préau saurait remettre un peu de baume antalgique au coeur de ses contractions physiologiques avant le retour en classe. Peut-être aussi qu’une ferveur à l’intention de notre Dame des Sept Douleurs fut-elle également de mise, mais nous n’en sûmes jamais rien, tant la prise d’informations à l’effet de compte-rendu aurait fait courir de risques au reporter désigné.

 

Quant à nous, loin de déclarer dissous notre quatuor associatif à but bon lucratif, sinon qu’il nous faisait nous payer une tranche de franche rigolade, nous avions déjà les méninges échauffées à la pensée de nouvelles perspectives.

 

FIN

Par ALBERTO - Publié dans : HISTOIRE DE RIRE UN PEU - Communauté : Henri GOLANT le P'tit Lutin
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 12:25

LES AVENTURES DU MARABOUT DE SERVICE... (suite 1)

 

  Il n’eut pas tôt posé le deuxième de ses appuis sur le miroir pseudo-olympique, qu’il s’en fut prendre une attitude où le centre de gravité, plus que malmené, lui fit dessiner d’emblée une succession de postures à géométrie variable, tenant tour à tour et tout autant d’un parapluie soudainement refermé que d’un Ravaillac subissant la peine de son forfait.

 

  L’entrée dans l’amphithéâtre s’était faite sous les vivas d’une foule fanatique entièrement acquise à la cause du spectacle pour le moins incongru. Notre conquistador de la glace ne s’en allait pas moins vers son destin, défilant à grande vitesse devant nos yeux ébahis, léchant du nombril tout autant que rabotant du coccyx, par positions successives, la piste de ses rêves sportifs, soudainement transformés en devenir funestes. Il passa devant nous avec une telle désinvolture qu’il ne prit pas le temps, non même de nous saluer, mais de simplement nous reconnaître, sublime ingratitude. Applaudi au rythme de ses démonstrations improvisées par les "ole" d’une peuplade versatile opportunément prise de liesse pour ce toréador des temps nouveaux, il s’en fut promener sa grande carapace de marabout saupoudré vers le mur de neige de fond de piste, arrêtoir placé là pour couper court à l’élan non contrôlé des plus vaniteux surfeurs ensabotés.

 

  Mais forme comme force n’est pas loi, et notre obstacle terminal, loin de jouer un rôle ABS, se transforma soudain, pour notre artiste de la voltige, en un tremplin que n’eurent pas renié les sauteurs à skis les plus médaillés des JO d’hiver. Une dernière effervescence vocale de l’ensemble des spectateurs accompagna l’ellipse du voyageur aérospatial, qui, même étant chrétien, ne s’en transporta pas moins involontairement au delà du cercle orbital de compétition. Suivant la trajectoire du N(ew)reev en démonstration de ballet aérien, nous vîmes une des chausses de notre spationaute, perdue en route, rejoindre, dans un même arc balistique de belle composition, un propriétaire sans nul doute douloureusement installé dans la "fraîche hors stade". Les analyses se firent généreuses et déployées largement en imagerie mentale, quant au point d’impact de cet ultime projectile, plaqué au bon endroit, tel une cerise sur un gâteau de fête, la délicatesse en moins, bien entendu...

 

  à suivre...

 

 

 

Par ALBERTO - Publié dans : HISTOIRE DE RIRE UN PEU - Communauté : Henri GOLANT le P'tit Lutin
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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 12:15

LES AVENTURES DU MARABOUT DE SERVICE

 

Il m’en souvient parfaitement. Nous étions au mois de janvier et l’hiver était dans sa phase la plus rigoureuse. Depuis plusieurs jours, le sol ne dégelait pas et nous pouvions entendre, en cour de récréation, les sabots de bois résonner sur une terre plus que racornie par la froidure renouvelée.

 

Ce froid, nous le ressentions jusqu’au tréfonds de nos couches, pourtant rassemblées dans un dortoir qu’occupaient une soixantaine de jeunes ronfleurs distribués en quatre rangées de lits à sommier métallique. Les mouvements incontrôlés des agités impénitents faisaient sonner la nuit de frictions à résonances "ferraillantes" qui entretenaient toutes sortes de phobies chez les malheureux insomniaques du moment. Monsieur PIERRE assurait la surveillance nocturne des lieux, ne rentrant dans sa cellule exiguë que lorsqu’il lui semblait ressentir l’endormissement total de chacun comme de tous.

 

Ce matin-là, au réveil, je fus saisi tout autant par la fraîcheur ambiante des lieux (les dortoirs n’étaient point chauffés) que par l’atmosphère feutrée qui nous remontait des cours intérieures. Les premiers levés n’eurent qu’un cri : " La neige ! " Il n’en fallut pas plus pour éjecter hors de leurs draps les habituels derniers de la mise sur pied, qu’un monsieur PIERRE vigilant houspillait chaque jour.

 

La succincte toilette coutumière, pratiquée devant les bacs collectifs à eau froide, était suivie d’un défilé en rang d’oignons vers la chapelle du pensionnat, à l’intérieur de laquelle l’abbé directeur ou l’un de ses assesseurs nous attendait chaque matin. Nous marmonnions plus que nous psalmodions, mais cette démarche quotidienne était la porte ouverte vers le réfectoire où la Louise, grande prêtresse des lieux, nous présentait un bol et une tartine. Le récipient contenait l’infusion d’un produit qui n’était sans doute pas le pied, mais que d’aucuns surnommaient tout de même d’un tendre qualificatif s’apparentant aux doux extraits de senteurs du soir, lorsqu’ils en venaient à quitter leurs chausses. Quant à la couverture de la semelle de pain, un verre de vinaigre eût pris plus de mouches que la raclure de colle rouge qui y tenait lieu de confiture. Mais nous avions faim, et tout ceci était englouti avec des bruits de bonde d’évier évacuant le contenu de son bac. Sans doute, ce jour-là, plus qu’à l’habitude d’ailleurs, les aspirations furent précipitées, car à l’extérieur nous attendait une arène verglacée, où il nous serait permis de faire valoir tout notre savoir en matière de mise en scène. Le temps du frugal repas nous avait permis de mettre sur pied une organisation dont nous ne doutions guère qu’elle allait, sous peu, trouver matière à réalisation d’un scénario tout en chaleur communicative malgré la froideur du moment.

 

Nous ne fûmes pas tout juste sortis de l’affreux restaurant que, déjà, nous tracions dans l’épaisse couche de neige un couloir d’environ soixante centimètres de large sur une bonne vingtaine de mètres de long. Le jeu consistait à prendre un élan conséquent dans la poudreuse puis, à compter de l’entrée dans l’arène glacée, à se laisser glisser le plus loin possible sur cette patinoire improvisée. Toute chute disqualifiait le patineur, non en référence à un règlement plus qu’implicite, mais encore et surtout au regard des chaudes douleurs que le contact avec la piste surgelée avait pu générer. Chaque concurrent voyait sa glisse répertoriée dans la mesure où celle-ci se terminait en équilibre. Nous proposions un sac de cent billes à celui qui aurait le plus long déplacement au moment où retentirait la cloche annonçant la fin du temps récréatif.

 

Déjà s’inscrivaient, déjà s’entraînaient, déjà dérapaient dans des attitudes peu orthodoxes nombre de candidats mais, pris par l’organisation, nous ne pouvions (ni ne voulions) participer à l’épreuve car notre volonté résidait dans le fait d’être présents à chaque moment d’un spectacle qui ne manquerait sans doute pas de prévus, mais encore moins d’imprévus. Mais, ne pas avoir de représentant au sein du groupe des futures stars de la glisse aurait été jeter l’anathème et la suspicion sur nos qualités mêmes d’organisateurs. Un simple regard de connivence nous fit élire comme "capitaine en patinage" de notre quatuor un grand échalas du prénom de Bertrand, que chacun d’ailleurs nommait TRAMBER tant sa motricité naturelle de pingouin rhumatisant nous faisait penser à une naissance les pieds en avant, c’est à dire en prenant la vie à contresens. La C’srise* fut notre ambassadeur, et Dieu seul se souvient de ce qui put le rendre persuasif, car nous vîmes notre artiste quitter les rangs des spectateurs béats, pour aller prendre son tour au fond de la piste d’élan.

 

Le concours fut lancé. Certains, tels des racers légers, évoluaient avec élégance, mais ne donnaient pas en performance, le résultat escompté. D’autres, aussi doués pour ce type d’exercice qu’aurait pu l’être un pachyderme goitreux en démonstration de premier danseur dans Le Lac des Cygnes, traçaient sur le parcours une évolution brassée de moulin à vent en fin de carrière, au terme de laquelle une remise en latéralité de tous les segments ne pouvaient plus être que la meilleure des issues espérées, pour éviter une touche finale tout aussi douloureuse qu’inopportune. Mais nous n’avions pas tout vu, et le meilleur restait à venir...

 

* La C’rise : surnom d’un comparse, en référence à son appendice nasal hors du comun. 

 

Un brouhaha tendit tout à coup l’atmosphère de kermesse générée par le groupe de spectateurs massés tout au long de cette piste luisante. Elle allait bientôt réfléchir en son miroir glacé les extrasd’un candidat en sacre de jeux hivernaux que l’espérance d’un glane de quelque palme ensabotée et peu académique faisait déjà entrer en hyper-concentration à l’extrémité de la piste d’élan. Les paris allaient bon train, et même s’ils n’étaient pas destinés à l’octroi d’un bookmaker quémandant finance, ils n’en étaient pas moins acharnés, chacun faisant verbalement profit personnel d’espoirs d’une démonstration jusque là inédite et peu proche à se renouveler, tant les conditions atmosphériques du moment, au regard du passé, laissaient aléatoires les possibilités d’un remake.

 

"C’est le tout à Tramber, c’est le tour à Tramber..."

Tel un refrain repris tout au long de la rangée de jeunes dindonneux gloussant dans le même temps qu’ils transmettaient la nouvelle, l’information se répandit en une traînée de galéjades, laissant sur son passage comme une espérance de zygomatiques à devoir solliciter sous peu. Tous les regards se tendirent vers l’antichambre du ponctuel cirque d’hiver. Une brume ouatée nous cachait un peu l’artiste, mais nous savions deviner que la C’rise étai à ses côtés, lui renouvelant et lui serinant tous lesespoirs que notre quadrette avait mis dans la réussite de sa démonstration.

 

Au cri soudain de notre collaborateur-embassadeur-entraîneur, nous apprîmes que notre marabout ensaboté venait de s’élancer vers une destinée que nul se serait permis d’évaluer d’emblée tant l’improvisation spontanée de l’artiste laissait place à toutes sortes de figures possibles. Précédé par un nuage de poussière blanche générée par le claquement des semelles de hêtre sur la poudreuse, il nous apparut brusquement, battant tout autant l’air de ses ailes de coucou désemplumé que le plancher de ses raquettes à la bretonne. Le mouvement de pendule de ses abattis, tout entier placés à contre-sens dans sa course d’élan, nous fit un moment redouter qu’il ne put trouver la porte d’entrée dans l’arène triomphale mais, faisant force, à répétition, de rétablissements et de replacements de ses balanciers, il parvint tout de même, au grand soulagement de tous et de chacun, à en atteindre l’entonnoir d’introduction. Mais alors, mais alors...

 

à suivre...

 

Par ALBERTO - Publié dans : HISTOIRE DE RIRE UN PEU - Communauté : Henri GOLANT le P'tit Lutin
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